L’extrait du mois – avril 2018

Revoir ses priorités pour ralentir.

Carl Honoré est l’auteur à succès d’ « Éloge de la lenteur » et l’une des figures emblématiques du mouvement slow inernational, qui privilégie la qualité à la rapidité. Pour le journaliste canadien, ralentir peut conduire à un véritable « tremblement de terre culturel ».

Après avoir abordé la thématique de la vitesse, l’extrait de ce mois, qui introduit l’article du mois prochain, traite de la lenteur.  Il reprend son interview parue dans la revue Psychologies

Hier, il fallait être « vert ». Aujourd’hui, il faut être slow. A-t-on affaire, avec la slow food, le slow travel, le slow design, etc., à une énième mode ?

Carl Honoré : L’appel à ralentir ne date pas d’aujourd’hui. Il naît avec la révolution industrielle, au XIXe siècle. Il est aussi dans le discours des hippies, qui récusaient le culte de la vitesse et de la consommation. Mais l’utilisation du terme slow comme emblème d’une contre-culture démarre en Italie à la fin des années 1980 avec la slow food. En réaction au projet d’installation d’un fast-food sur la place d’Espagne, à Rome, un groupe de gourmets se constitue pour réhabiliter les plaisirs de la table et soutenir une agriculture écologique, par opposition à une alimentation industrielle de piètre qualité. Aujourd’hui, le terme a largement dépassé la slow food, au risque, il est vrai, d’être récupéré par des gourous du marketing. Mais il fonctionne parce qu’il touche à un tabou – l’Occident se méfie de la lenteur – et rencontre une aspiration unanime, en plusieurs endroits du monde, à ralentir la machine. En réalité, il s’agit moins de faire lentement que de cesser d’exclure ou de détruire par la vitesse. La philosophie du slow oppose le mieux au plus rapide, la qualité à la quantité.

Prôner un slow management, d’accord, mais le slow sex ? De quoi je me mêle !

Le slow n’oblige personne à aller contre son rythme naturel. Au contraire, il invite chacun à trouver le tempo giusto [« juste temps »] pour chaque chose. Pour ma part, je crois qu’il faut passer par le slow, au sens de prendre le temps de s’arrêter pour penser, si l’on veut retrouver de la qualité et du sens. Les entreprises commencent à comprendre qu’offrir aux employés la possibilité de travailler à leur rythme les rend plus impliqués et plus créatifs. La crise économique a fait prendre conscience de la nécessité de piloter sur le long terme, en envisageant ce qui est durable pour l’humain et l’environnement, plutôt que le nez rivé sur les profits à court terme. Pour ce qui est du slow sex, il en va également de la qualité de la relation. La vitesse, dans de nombreux domaines, condamne à n’effleurer que la surface des choses. Prendre son temps au lit promet davantage de communion. Une autre dimension du slow est aussi de rétablir des liens entre des domaines que la vitesse isole. On s’entend d’autant mieux au lit que l’on s’offre du temps de qualité en dehors de la chambre, en mangeant mieux, en travaillant mieux, en consommant mieux… La lenteur permet de considérer que tout est lié et de récupérer une vision globale de ce que seraient de meilleures entreprises, de meilleures villes, de meilleurs rapports humains.

Nous sommes en 2030. « Très à la mode autrefois, l’expression “Je suis totalement débordé”, qui suggérait une vie professionnelle à succès, ne suscite plus que méfiance. L’urgence est devenue synonyme d’incompétence, d’impolitesse et de pression qu’il est de bon ton d’éviter à ses concitoyens […]. Une certaine bonhomie est même de mise. » (extrait d’un texte de Pascale d’Erm, journaliste et fondatrice de l’association Ecomamans, pour « Évolution : chapitre II » de la Fondation Nicolas-Hulot). Que pensez-vous de cette perspective ?

J’adore ! Je crois que le travail est en effet – avec l’écologie – l’espace dans lequel il est le plus difficile et le plus urgent de ralentir. Vous avez touché du doigt, en France, avec les trente-cinq heures et la réduction du temps de travail, ce que pouvait apporter, en termes de qualité de vie, un ralentissement de l’activité, sans entamer la productivité générale. Peut-être que si ça ne marche pas par endroits, c’est que le modèle a été imposé d’en haut. La révolution slow doit venir d’en bas pour être fructueuse. C’est aujourd’hui à chacun de se positionner pour dire : « Je peux travailler mieux si vous m’accordez davantage de temps. » Alors 2030 ressemblera peut-être à cela.

Prenez aussi vingt minutes de votre temps ( !), pour découvrir un de ses exposés :

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