Éloge de la lenteur

Après avoir exploré ce que signifie la vitesse à travers le message d’un constructeur automobile, cet article aborde l’importance de la lenteur dans le prolongement de l’extrait du mois d’avril et les réflexions de Carl Honoré.

Lors d’un récent séjour à Saint-Claude, le chef-lieu du parc régional du Haut-Jura, en visitant un musée, j’ai été frappé par la notice d’une énorme machine à sculpter les pipes : réalisée en 1863, la capacité de reproduction de cette machine est de quatorze pièces et il fallait environ deux ans d’apprentissage pour la maîtriser et acquérir une parfaite synchronisation des jambes et des bras.

Deux années d’apprentissage ! Une lenteur inimaginable à notre époque, affirmeront beaucoup d’adeptes du temps rapide. Et pourtant, réfléchissons un instant aux multiples avantages de la lenteur.

  1. La lenteur favorise le développement. Parce que c’est justement le temps de préparation d’un projet qui constitue un des sinon le facteur de réussite de celui-ci. Or cette phase de préparation est trop souvent négligée avec le risque de rater sa cible ou de prendre en compte insuffisamment de facteurs. Par exemple, le temps passé à évaluer des expériences du même type dans d’autres organisations ou pays permet de mieux calibrer le projet ou d’éviter de produire des erreurs qui auraient pu être évitées. Dans le monde végétal, la lenteur est un atout : ainsi dans son best-seller « La vie secrète des arbres », Peter Wohlleben explique que chez les jeunes hêtres, croître lentement en début de vie conditionne la possibilité d’atteindre un grand âge ; et que cette lenteur de la croissance permet à leur bois d’acquérir une flexibilité qui leur permet de supporter des vents violents dans les casser (p.46). La lenteur de la croissance d’un arbre est donc un gage de longévité (p. 110).
  2. La lenteur fait émerger le sens. Au niveau managérial, on caresse trop souvent l’illusion qu’une fois donné le sens d’un changement, il est compris et accepté rapidement dans toute l’organisation. C’est faire fi du temps nécessaire à chacun des collaborateurs pour s’approprier le changement et pour lui donner un sens en rapport avec son travail. Ainsi, une fusion de service pour des raisons d’efficacité ou simplement pour des raisons économiques ne lèvera les résistances de certains travailleurs que s’ils peuvent donner eux-mêmes un sens nouveau à leur engagement dans le service fusionné.
  3. La lenteur favorise le travail de qualité. C’est l’image de l’artisan qui me vient immédiatement à l’esprit : le menuisier, par exemple, dont la fierté est de construire un beau meuble avec du bois bien sec. Qui dit artisan dit aussi autonomie dans la réalisation de ce travail bien fait.
  4. La lenteur crée les conditions pour poser l’acte juste. Dans une institution de santé dans laquelle je suis actif, une des valeurs mises en avant est celle de « raisonner », c’est-à-dire de bien réfléchir, isolément ou de préférence en groupe – étant donné qu’en matière de santé, c’est l’équilibre du corps tout entier qui est important – . A l’image de ce marcheur en montagne parmi les éboulis ; l’attention portée à chaque pierre est nécessaire pour s’assurer qu’elle ne va pas rouler sous ses pieds et l’emporter.
  5. La lenteur favorise la pleine conscience. La pleine conscience de soi mais aussi la pleine conscience de ce qui nous entoure. En cultivant la pleine conscience de l’instant, elle accentue non seulement notre capacité à percevoir une question, un problème sous tous les angles, mais elle favorise aussi une plus grande profondeur dans nos relations.
  6. La lenteur permet de se ressourcer et favorise ainsi la créativité. La créativité ! Voilà bien une qualité essentielle pour éviter de toujours faire de la même chose et entrer dans une dynamique de changement comme acteur de celui-ci. Pour ceux qui sont maintenant plus familiarisés avec la théorie chinoise des cinq éléments, la lenteur ouvrant les portes de la créativité favorise le plein épanouissement des cinq éléments de la vie de l’entreprise : le Bois, le Feu, la Terre, le Métal et l’Eau.

https://micheldamar.wordpress.com/2015/11/01/comment-mieux-diriger-avec-la-theorie-chinoise-des-cinq-elements/

https://micheldamar.wordpress.com/2016/03/01/developper-sa-creativite-a-laide-de-la-theorie-chinoise-des-5-elements/

Je termine par un extrait de l’Ecclésiaste (qui signifie en hébreu celui qui préside une assemblée), ce texte biblique que certains auteurs estiment l’origine vers 250 av JC, et qui garde toute son actualité :

Un temps pour chaque chose.

Il y a un temps pour planter, et un temps pour arracher ce qui a été planté ;

Un temps pour démolir et un temps pour bâtir ;

Un temps pour chercher et un temps pour perdre ;

Un temps pour garder et un temps pour jeter ;

Un temps pour se taire et un temps pour parler.

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