La symbolique de l’arbre dans la gestion

J’ai été séduit par ce passage du livre de Thich Nhat Hank « La sérénité de l’instant ». L’auteur est maître zen vietnamien et réside au centre bouddhique du Village des Pruniers, dans le Lot-et-Garonne.

« Un automne, je me trouvais dans un parc, absorbé par la contemplation d’une toute petite –et très jolie – feuille en forme de cœur. Elle était presque rouge et ne pendait plus qu’à moitié de la branche, prête à tomber. Je passai un bon moment avec elle et lui posais un certain nombre de questions. Je découvris que la feuille avait été la maman de l’arbre. Normalement, on pense que c’est l’arbre qui est la mère et que les feuilles ne sont que les enfants. Mais en regardant la feuille, je vis que la feuille était aussi la mère de l’arbre. La sève que les racines puisent n’est faite que d’eau et de minéraux, insuffisants pour nourrir l’arbre. En fait, l’arbre distribue la sève brute aux feuilles : celles-ci, avec l’aide du soleil et de l’air, la transforment en sève élaborée puis la renvoient à l’arbre comme nourriture. Du coup, les feuilles sont aussi la mère de l’arbre. Puisque la feuille est reliée à l’arbre par une tige, la communication entre eux est facile à voir ».

Le langage symbolique est toujours efficace pour faire comprendre les ressorts puissants qui peuvent ou doivent exister dans une organisation. Précédemment, j’avais utilisé la symbolique des cinq éléments chinois: le bois, le feu, la terre, le métal et l’eau.

Dans la symbolique de l’arbre, les mots clés sont les suivants : la terre sans laquelle rien n’est possible, les racines qui puisent l’énergie de la terre, la sève qui nourrit l’arbre, le tronc et les branches, les feuilles qui transforment l’énergie acquise grâce au soleil et à l’air et la transmettent à l’arbre par les tiges et grâce aux branches. Un de ces éléments vient à manquer et c’est l’ensemble qui s’effondre.

On perçoit donc immédiatement que la qualité des interactions entre ces différents éléments est un élément essentiel pour que l’arbre tout entier se développe. Dans les organisations, ces interactions s’appellent le dialogue ou la communication bi-directionnelle, partant donc du postulat que l’un des éléments de l’interaction est aussi important que l’autre et qu’ils s’enrichissent mutuellement.

Les interactions avec la terre sont les racines de l’organisation : c’est son substrat culturel. Si la culture s’affaiblit ou si elle n’est plus en phase avec les fondements ou les missions de l’organisation – c’est-à-dire la terre , le socle qui justifie l’existence de celle-ci–, elle l’appauvrit et risque de faire disparaître l’arbre. La faible culture du client dans certaines organisations met en péril l’existence même de celles-ci, si elles ne mettent pas en place la dynamique pour y remédier.

Les interactions du personnel – les feuilles  –  avec l’environnement – le soleil et l’air  –  constituent la clé pour permettre le développement de l’organisation – l’arbre  –, l’émergence de nouvelles activités qui fortifient la croissance. Plus ces interactions sont nombreuses et plus le potentiel de croissance est grand.

La communication entre le personnel et le tronc de l’organisation, à savoir les cadres et les dirigeants, communication symbolisée ici par les tiges, est la clé pour transmettre à l’ensemble ce que l’environnement a donné au personnel, à savoir tous les signaux qui permettent d’identifier les dysfonctionnements ou l’émergence de nouveaux besoins de l’environnement.

Les branches, ce sont les différentes activités de l’organisation, qui existent grâce aux membres du personnel qui la vont vivre et prospérer. Si elles dépérissent, il est plus important de les couper que de les maintenir à tout prix, car cela risque de mettre l’ensemble en péril, sans attendre qu’une tempête le fasse à la place des décideurs.

Cette approche symbolique et holistique permet ici aussi de percevoir dans une organisation ce qui concrètement freine ou empêche sa croissance : les racines culturelles, les missions et activités, les dirigeants, les membres du personnel, la communication interne et avec l’environnement.

Pour l’illustrer, je vous rappelle cette journée du 28 janvier 1986, date à laquelle la navette Challenger a explosé en plein vol, 73 secondes après son décollage. Il gelait à Cap Canaveral est des experts avaient recommandé de ne pas faire décoller la navette tant que la température extérieure n’avait pas atteint au moins 12 degrés. Mais cette information n’était pas remontée jusqu’au siège de la NASA, là où toutes les décisions de décollage se prennent.  Cette catastrophe a interrompu pendant presque trois années le programme de la navette.

En termes symboliques, les feuilles avaient joué leur rôle : percevoir les caractéristiques de l’environnement. Mais les tiges de la communication étaient défaillantes. C’est la branche entière du programme qui en a souffert et avec elle la croissance de l’arbre.

A suivre Peter Wohlleben dans son récent best-seller « La vie secrète des arbres », les arbres ne connaissent pas ces difficultés : « quand une chenille plante ses mandibules dans une feuille, le tissu végétal se modifie aussitôt autour de la morsure. Au surplus, il envoie des signaux électriques, exactement comme cela se produit dans le corps humain en cas de blessure. L’impulsion ne se propage pas en millisecondes, comme chez nous, mais à la vitesse d’un centimètre par minute. Il faut compter une heure de plus pour que les anticorps qui vont gâcher la suite du repas des parasites soient synthétisés. Les arbres ne sont pas rapides, et, danger ou pas, c’est là leur vitesse maximale. En dépit de cette lenteur, aucune partie de l’arbre ne fonctionne isolément. Un agresseur met les racines en difficulté ? L’information gagne l’ensemble de l’arbre et déclenche si nécessaire l’émission de substances odorantes par les feuilles » (p.21).

Faites donc l’exercice pour vous-même, avec quelques personnes, en appliquant à votre service cette symbolique de l’arbre pour vérifier la pertinence de ma réflexion. Partez de situations concrètes problématiques et rattachez-les aux aspects symboliques ci-dessus.

C’est avec grand intérêt que je lirai votre feed-back.

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