Le futur n’existe pas

Un courant de pensée existe comme quoi le passé et le futur n’existe pas, seul existe et compte : le présent. C’est dans le présent que se logent nos pensées, nos émotions, nos sensations physiques. Celles-ci sont bien sûr influencées, soit par ces multiples instants du passé qui ont tissé la trame de l’existence, soit par l’anticipation sur ce qui pourrait se produire dans le futur. Mais tout cela n’existe que dans l’instant présent ; mais tout cela n’a donc de conséquences que dans l’instant présent.

La tribu amazonienne du centre-ouest du Brésil, les Pirahas, a vécu longtemps isolée du monde, sans aucune influence interculturelle. Dans la grammaire de leur langue, le passé ou le futur n’existent pas, seulement le présent : signe qu’ils vivent totalement dans l’instant. Vous serez surpris en découvrant ce reportage, reflet de l’attention scientifique qui leur a été réservée : https://www.youtube.com/watch?v=iDOFo2NHJeE&ab_channel=imineoDocumentaires

L’instant présent est donc le moteur de notre vie, celui qui nous pousse à agir ou à ne pas agir, à être profondément nous-mêmes ancrés dans ce que nous vivons à ce moment ou à vivre en étant plus ou moins fortement absorbés par les souvenirs du passé ou par la joie ou la peur de ce que nous pourrions vivre demain. Le passé et le futur sont les lieux propices aux croyances ; pour le passé, la phrase suivante en est l’illustration : « C’était mieux avant » ; pour le futur : « Ça ira mieux demain ». Les attentes que nous pouvons avoir vis-à-vis du futur sont vaines et ne font que provoquer de la frustration si elles ne se concrétisent pas. Dans un monde dominé par l’incertitude du lendemain, se dire que le futur n’existe pas renforce notre apprentissage de vivre avec cette incertitude.

Il est important de préciser que le principe d’incertitude, découvert par le physicien Werner Heisenberg en 1927, est une des clés de l’univers de l’infiniment petit, l’univers quantique. Ce principe, appelé aussi principe d’indétermination, est donc inscrit au cœur même de la matière. Les principes de base de la physique quantique, celle de l’infiniment petit, sont maintenant connus. Il faudrait maintenant l’enseigner aux jeunes. Hélas, ceci ne semble pas être compris par certains experts : ainsi, la récente option du  groupe de travail du Référentiel mathématique qui sera bientôt soumis au vote du Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles : les probabilités ne seront pas enseignées dès le plus jeune âge. 

Le mouvement de la pleine conscience s’inscrit dans cette dynamique humaine : être conscient de ce que nous éprouvons à l’instant de façon à poser l’attitude la plus juste dans la situation qui est la nôtre.

Ce n’est pas un hasard si, notamment en Belgique, les programmes de développement de la pleine conscience ont été lancés en premier lieu dans le milieu hospitalier, à l’intention des personnes en souffrance. L’objectif poursuivi est d’amener celles-ci à prendre conscience du contour de leur souffrance, à prendre du recul par rapport à elle, à ne pas se laisser entièrement absorber par elle, à ne pas la transformer en une caractéristique de l’identité personnelle.

De multiples exemples existent dans la vie quotidienne.

Se promenant dans un bois, à quel moment ne sommes-nous pas conscients du chant des oiseaux, des spécificités de la biodiversité, absorbés que nous sommes par nos pensées ? Lors d’une conversation animée avec une personne, sommes-nous conscients de la manière dont nous écoutons, de ce qui nous pousse à avancer tels arguments, des conséquences des émotions vécues à ce moment sur notre discours ?

La pleine conscience n’est donc pas un repli sur soi mais une interaction consciente avec le monde extérieur, une forme d’aller-retour entre nous et le monde, une présence attentive et simultanée à l’un et à l’autre.

Certains auteurs affirment que c’est justement la qualité de ces allers-retours qui est un puissant facteur de changement dans notre rapport aux autres et au monde. Dans les circonstances actuelles, celles où nos vies, nos économies, sont fortement impactés, cultiver la pleine conscience et prendre du recul par rapport à nos réactions « instinctives », c’est-à-dire celles imprimées en nous au fil des ans.

Ceci revient à se poser la question : face à un défi, un événement, suis-je conscient ou inconscient ?

Le futur n’existe pas, mais il se construit dans l’instant présent.

Cela signifie-t-il, interrogerons les responsables et les femmes et hommes d’action, que toute planification, toute prospective n’a aucun sens ? Que toute réflexion sur l’état futur du monde ou sur notre futur est vide de sens ? Que la pleine conscience signifierait donc passivité ? Bien sûr que non. Cela signifie que ces démarches ne trouvent leur signification véritable qu’en explorant en conscience les raisons présentes qui les justifient. Cela signifie notamment ne pas faire l’impasse sur des éléments qui nous dérangent et que nous voulons passer sous silence ou son corollaire nous fonder sur des « faits alternatifs », en vogue ces dernières années par une partie de la droite américaine, qui évitent ainsi de percevoir des éléments objectifs de la réalité – le changement climatique, la réalité du vote à la dernière présidentielle aux USA …

La pandémie nous a rappelé ce principe : le futur, tel que projeté et malgré nos attentes à son endroit, n’existe pas : nous sommes contraints à l’improvisation face à des événements sans cesse changeants ; à l’image de cette feuille flottant sur une rivière en crue et qui change constamment de direction au gré du courant.

Il ne nous reste, comme l’a écrit Nietzsche, que l’ « amor fati », l’amour du destin, qui postule une relation de confiance entre l’homme et le monde (Dorian Astor, La passion de l’incertitude).

Comme un pont entre le présent et demain, comme l’a aussi si bien écrit Henry David Thoreau : « nous devons apprendre à nous éveiller de nouveau et à rester éveillés, non pas grâce à une assistance mécanique, mais grâce à notre espérance infinie de l’aube ».

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