Un peu de sagesse indienne en 2021 !

Pour débuter cette année, j’ai choisi de me tourner vers la spiritualité des Amérindiens d’Amérique du Nord. Ayant été isolé pendant des millénaires, ils ont développé leur propre conception du monde et de la vie.

La question la plus importante qui se pose à nous est la suivante : pourquoi sommes-nous sur terre ? Pythagore, ce mathématicien grec amoureux du cosmos, répondait à sa manière : pour contempler le ciel. Ou comme l’a dit Christian Bobin : « Etre à la hauteur de la vie, si noble et si fragile ». La sagesse indienne apporte sa réponse : « les hommes sont significatifs dans la mesure où ils acquièrent et montrent un certain caractère une qualité morale qui, à des yeux plus qu’humains, puisse justifier qu’ils viennent au monde, puis meurent meilleurs… L’homme est placé sur terre pour montrer sa trempe ; dans la vie ou à l’occasion de la mort la victoire réside dans le style et la qualité de celle-ci à l’épreuve de la création ». Formulé d’une autre façon, l’homme est sur terre pour devenir un meilleur être humain, dans son rapport à lui-même, à l’autre et au monde.

Une autre conception de la vie fait l’objet depuis quelques décennies dans notre monde occidental d’une réflexion croissante portant sur la non-nécessité de la croissance à tout prix. Comme l’a fait remarquer Hartley Burr Alexander, professeur de philosophie à l’Université de Nebraska au début du XXième siècle, qui a consacré une partie de sa vie à l’étude des tribus indiennes : « L’accumulation de la propriété comme fin en soi, qui tient une place si considérable dans l’économie de l’homme blanc, est à peu près absente de la conscience de l’indien. Il existe une richesse indienne – nourriture, poneys, couvertures, accoutrements et ornements  – mais à l’origine elle n’avait pas de signification en elle-même, elle ne prenait de sens que par son usage pratique et symbolique ; le capital selon nos idées, et par conséquent selon nos conceptions de l’économie et de l’épargne prudente, existe à peine pour le Peau-Rouge. En gros, la nourriture était mise en réserve de façon saisonnière et appartenait de droit à ceux qui avaient faim, le soin de la distribuer était réservé aux femmes ; éventuellement, le surplus pourvoyait à des festins. Les poneys et les couvertures, si on les considérait comme des richesses, étaient fréquemment accumulés dans le seul but de préparer un potlach ou fête de distribution, au cours duquel leur propriétaire s’appauvrissait lui-même. Outils, armes et ornements étaient des biens personnels à un titre particulier, de signification souvent héraldique ; on les enterrait ou on les détruisait à la mort de leur propriétaire. De fait, beaucoup de coutumes indiennes, en plus des fêtes de distribution, impliquaient la destruction de la propriété plutôt que sa création. C’était largement le cas lorsque des rites funéraires exigeaient l’incinération, l’ensevelissement ou le bris de biens personnels et l’abandon de maisons visitées par la mort ; mais il y avait aussi des occasions publiques, telles que l’allumage annuel du feu nouveau chez les tribus du Sud-Est, où l’on détruisait les outils, et où autant que possible la vie économique repartait à zéro. Pour l’Indien, les biens matériels s’identifiaient à l’usage, et ce qu’on transmettait pieusement, c’était surtout les paquets cérémoniels et les reliques précieuses pour leur valeur sacrée et leurs pouvoirs de médecine. C’est en eux que se trouvait la plus authentique richesses de l’homme, qui réside dans le monde des significations plutôt que dans celui des choses ».

Un autre aspect de leur culture m’a aussi particulièrement frappé, à savoir la symbolique du rocher et de l’arbre, telle qu’illustrée par le haïku que je joins à cet article.

Dans la tribu des Arikara – une tribu du centre-Nord des Etats-Unis –, à l’est de la porte du tepee au centre du cercle de leur campement, tepee appelé la Loge de Médecine, sont placés deux emblèmes : un pilier de pierre et un arbre à feuilles persistantes. « La pierre – la matière dont est faite l’ossature du monde – se dresse inchangée à travers les saisons, comme un emblème de l’absence de changement. Lors de la grande cérémonie religieuse, la pierre est peinte en rouge et recouverte d’une étoffe de couleur rouge – le rouge est la couleur de la vie. Le cèdre est remplacé tous les étés, car si l’arbre est lui aussi symbole de vie, son symbolisme est celui de la vie végétale nourricière, qui se renouvelle et se fane annuellement, bien qu’emblématiquement soutenue au cœur de l’hiver par les branches à feuilles persistantes. Les deux symboles caractérisent conjointement la permanence et la procréation, l’être et le devenir, l’ossature minérale du corps de la terre et sa chair vivante ».

Pour compléter l’explication, l’équipement de médecine que transportait chaque Indien, comprenait notamment « des pierres qui, frottées l’une contre l’autre, donnaient naissance à une obscure étincelle phosphorescente, lumière de l’esprit intérieur ». Le rocher, « centre inébranlable du monde, pas touché par le vent et le changement, immuable et permanent à travers toute chose ». Pour l’Indien, l’est est le symbole de la puissance de la vie dont le premier rayon de l’aube est porteur. Le cercle de son campement reproduit le grand cercle du monde. La Loge de Médecine est « le site où le mystère prend place et l’Ici du monde, par rapport auquel tout le reste est orienté ».

Avec cette phrase-clé d’une prière indienne : « Nous désirons vivre sur cette terre ». Une vie empreinte d’une conception du monde où l’homme et la nature sont étroitement et spirituellement reliés.

Source : Le cercle du monde, Hartley Burr Alexander, Berg International, 2012.

Incontestablement, nous vivons dans la période la plus agitée de l’Histoire au regard des multiples défis auxquels la race humaine est confrontée. Mais notre histoire montre qu’un de ces défis est permanent à travers les siècles : être un être humain meilleur.

La sagesse indienne nous apprend qu’être ce meilleur humain signifie vivre en harmonie avec la nature, et, à travers elle, vivre une spiritualité authentique, qu’elle soit religieuse ou profane ; elle nous apprend aussi le dépouillement « matériel » de soi et la recherche permanente d’un équilibre entre ce qui est à changer et ce qui doit rester stable ; tout en privilégiant les moments de silence, précieux et indispensable.

Confronté aux changements qui s’accélèrent, c’est ce que je vous souhaite en 2021.

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2 commentaires pour Un peu de sagesse indienne en 2021 !

  1. Benoit Vander Elst dit :

    MERCI Michel pour ce beau texte qui percole dans mon esprit où avec l’âge les pensées s’affinent.

    Sans doute sais-tu que je me sens catholique – peu pratiquant – Une des choses qui me perturbe le plus c’est la notion de « ciel » ou de « paradis ».
    Je me suis toujours demandé si tous les humains nés avant l’an zéro (qui n’existe pas et qui symbolise la naissance du Christ) étaient « pénalisés » parce que décédés avant la venue du « rédempteur » ?

    Dans l’autre sens nous entrons en l’an 2021, jusqu’où irons-nous ; l’an 1.235.759.729 etc..?.quelle folie d’imaginer cela !

    Les banquiers ont coutume de dire pour traduire qu’aucune action financière ne rapportera indéfiniment : « Les arbres ne poussent pas jusqu’au ciel », mais ils devraient rajouter qu’avant que cet arbre ne meure il est sage d’en replanter de plus petits…..

    Ainsi donc au-delà d’explications techniques peu compréhensible (comme l’est la langage médical) il est tellement plus facile d’utiliser un langage simple…comme les indiens !

    Merci encore pour tes merveilleuses réflexions.
    On disait jadis que seul les « vieux » partageaient cela ; mais ce n’est pas parce qu’ils sont vieux, c’est parce que débarrassés d’un travail trop souvent accaparant, ils ont le temps de réfléchir un petit peu…

    merci Michel.

    Benoît

    ________________________________

    • Michel Damar dit :

      Merci pour ton appréciation, cher Benoît. Effectivement, le message des Evangiles a introduit une autre dimension dans la spiritualité dans son rapport à « l’au-delà » et dans le rapport entre les êtres humains. je reconnais que le second me parle beaucoup plus que le premier. Je pense profondément qu’il existe un lien étroit entre le rapport à la nature et la spiritualité. J’en parlerai dans l’article de début février. Amicalement,
      Michel

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