Billet de rentrée sur la vie potagère

J’ai le privilège de pouvoir cultiver un potager dans notre jardin familial. Volontairement, j’écris « privilège » en pensant à tous ceux qui n’ont pas cette possibilité et qui l’ont certainement regretté durant ces mois de pandémie. C’est ce qui explique d’ailleurs en partie l’attraction actuelle pour les petites maisons avec terrain.

En y travaillant avec mon épouse et avec un ami, je pense souvent à mon père qui, des décennies durant, a entretenu ses quelques ares pour cultiver tous les légumes que ma mère cuisinait. Quel bonheur que de déguster des légumes sans engrais, ni pesticide !

Ils menaient une vie simple, empreinte d’une relation à la terre dont la production assurait en partie leur subsistance ; pas de voyage à l’étranger, rarement un déplacement hors de la province de Namur, un cercle de relations construit dans leur village et aux alentours.

En la regardant avec les yeux des (dé)confinés que nous sommes, un observateur aurait dit qu’ils étaient confinés en permanence ; mais jamais, ils ne m’ont donné le sentiment d’être malheureux dans cette situation.

Je ne vous parle pas ici d’un temps lointain mais d’une période qui s’est terminée en 2007 avec le décès de mon père.

J’ai bien compris que pour beaucoup aujourd’hui, avoir ce style de vie cette vie serait insupportable, tant le besoin de mobilité et de contacts sociaux tous azimuts – sans être nécessairement profonds –  est perçu comme indispensable.

Ceux qui ont lu Henry David Thoreau, philosophe, naturaliste et poète américain, décédé en 1862, auront certainement retenu cette phrase qui illustre parfaitement ce dont je parle : « Quel besoin d’aller faire le tour du monde pour compter les chats de Zanzibar ? »

 

Je suis de ceux qui pensent que, tôt ou tard, et mieux vaudra tôt que tard, nous devrons collectivement et individuellement reconnaître l’impossibilité de poursuivre la croissance à tout prix à l’échelle du globe et d’en tirer les conséquences; cela sans nier nullement l’importance d’augmenter le niveau de vie des populations qui, dans de trop nombreuses régions du monde, souffrent, ou de répondre à la situation dramatique que le Covid-19 a créée pour de nombreuses familles.

C’est prioritairement sur le terrain des inégalités qu’il est urgent de travailler. C’est donc notre capacité de renoncement qui va être sollicitée et mise à l’épreuve.

Mais c’est peut-être trop demander, dans les circonstances actuelles, aux décideurs politiques et économiques, qui ont grandi avec ce paradigme de croissance, de jeter les bases pour répondre à cet enjeu.

 

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Un commentaire pour Billet de rentrée sur la vie potagère

  1. guydenorre dit :

    Tellement vrai ! Mes grands-parents et mes parents partageaient le même style de vie. Ils ne s’en plaignaient pas. Au contraire. Et l’image que j’en garde entre toutes est celle de mon grand-père assis dans son fauteuil, son chat sur les genoux, un demi-sourire au coin des lèvres. Il regardait son jardin. Il observait en silence. En toute quiétude. Qui s’autorise encore à ça aujourd’hui ? Il a vécu au-delà de nonante ans.

    Guy Denorre.

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