Témoignage en rapport avec l’économie ralentie

« Ce que j’aime dans cette île, c’est qu’il ne s’y passe rien »

Dans l’extrait du mois de mars

https://micheldamar.wordpress.com/2020/03/15/lextrait-du-mois-mars-2020/,

je publiais un passage des recherches de l’économiste John Stuart Mill sur l’économie stationnaire. Il y posait des questions essentielles : pourquoi la condition humaine ne serait meilleure que dans une croissance économique ininterrompue ? On perçoit bien à travers le mal-être chez un nombre croissant de personnes et l’existence toujours bien réelle des inégalités – rappelons-nous les travaux de Thomas Piketty  – ? En quoi toujours plus de richesses peut-il « embellir la vie » ? En quoi l’économie stationnaire impliquerait l’immobilité du progrès humain ?

La crise actuelle liée au coronavirus met en évidence combien les activités économiques sont vulnérables, mais elle constitue une opportunité à la fois de vivre autrement et aussi de réfléchir à nouveau à ces questions essentielles. Lorsqu’elle sera derrière nous, le risque est réel que les esprits n’auront plus qu’une seule préoccupation : relancer la machine économique afin de regagner les bénéfices perdus et les moins-values boursières. Et avec cela, les niveaux de pollution repartiront à la hausse, de même que les problèmes de souffrance au travail.

Bref, pour reprendre la maxime de Tertullien, faire toujours plus de la même chose.

« Ce que j’aime dans cette île, c’est qu’il ne s’y passe rien »

Cette phrase est celle d’un résident étranger sur une île au large de l’Afrique, rencontré en 2019. Elle illustre à merveille un changement radical de style de vie. Elle traduit cette mutation décidée chez un nombre croissant de personnes de nos régions de changer radicalement de style de vie. Adieu la soif de possession, la volonté de pouvoir, la recherche du profit maximal, adieu l’action qui met constamment sous pression, la violence relationnelle.

Elle traduit l’apprentissage d’un autre rapport à l’existence: être bien à faire peu, à jouir du moment présent comme un cadeau, à vivre sobrement, à produire et à distribuer localement pour assurer sa subsistance.

Il est presque indicible d’exprimer ce qui peut être ressenti à ce moment, comme j’ai pu le vivre : la joie profonde d’être juste là, présent à la réalité du moment, au souffle du vent, sans plus, la perception au fond de soi du contraste qui devient de plus en plus évident entre cette vie et celle guidée par les valeurs du productivisme.

Ceci rappelle la phrase écrite par Sénèque, le grand stoïcien romain, dans « La vie heureuse » : « N’as-tu pas honte de te réserver le reste de ta vie et de destiner aux progrès de ton âme le temps seulement où tu ne seras plus bon à autre chose ? » (Arléa, 1995, p.97).

Déjà, en 1968, année de remise en cause, nombreux de notre génération ont apprécié le film d’Yves Robert, Alexandre le bienheureux. Alexandre, homme bon vivant et nonchalant, est cultivateur dans une ferme française de la Beauce. Cependant sa vie quotidienne est dirigée par « la Grande », son ambitieuse mais néanmoins tyrannique épouse, qui le pousse à bout de force en lui imposant chaque jour une liste de travaux démesurée. Devenu brutalement veuf, il éprouve un grand soulagement et se sent libéré de son labeur : il décide de s’accorder un repos qu’il juge mérité, afin de prendre le temps de savourer la vie. Son comportement sème rapidement le trouble dans le petit village par l’exemple qu’il donne, et une partie des habitants décident de le forcer à reprendre le travail. Mais ils échouent, et Alexandre commence à faire des émules (source wikipédia).

Pourtant, beaucoup reste à faire pour prolonger cette forme de vie avec le souci de limiter les ressources naturelles. Dans le passé, de nombreux moulins existaient dans l’île, la culture du blé permettant de produire de la farine. La disparition des nappes phréatiques et les éruptions volcaniques ont provoqué leur abandon. Par ailleurs le manque d’eau est compensé par le dessalement de l’eau de mer, grâce à l’énergie éolienne et au charbon.

Mais le potentiel éolien et solaire est encore largement inexploité. S’il était développé à grande échelle, il pourrait largement subvenir aux besoins de l’île en énergie.

Note : un des fondateurs du concept de bioéconomie, Nicholas Georgescu-Roegen affirmait déjà en 1978 qu’il est nécessaire de remplacer l’énergie terrestre par l’énergie solaire toutes les fois que cela est possible, et ce, compte tenu de la loi de l’entropie – De la science économique à la bioéconomie, Revue d’économie politique, vol 88, n°3, p.337-382 –. Cela a été développé dans un article précédent :

https://micheldamar.wordpress.com/2020/05/04/cette-volonte-sans-fin-de-puissance-et-de-croissance/

 Au plan collectif, grâce à une volonté politique forte, il pourrait donc se passer beaucoup de choses sur cette île !, non pas en opposition à la nature, mais en suivant le cours naturel des choses.

Cet exemple souligne que développement humain et valorisation prudente des ressources naturelles sont liés.

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