Les extraits du mois – mai 2020

Plusieurs extraits d’auteurs sont ici présentés, dans le but de clarifier des mots qui s’inscrivent aujourd’hui dans la réflexion collective : croissance, décroissance, état stationnaire. Ils s’inscrivent dans le prolongement des réflexions précédentes, et en particulier de l’article du début de ce mois :

https://micheldamar.wordpress.com/2020/05/04/cette-volonte-sans-fin-de-puissance-et-de-croissance/

Extrait 1 Joseph Stiglitz, prix Nobel d’économie en 2001

Je crois que la croissance sans énergies fossiles est possible. En fait, la transition énergétique va même alimenter la croissance. Dans les 30 prochaines années, nous allons devoir réaménager l’ensemble de l’économie pour faire face au changement climatique. Nous allons devoir revoir la conception de nos villes, de nos maisons, de nos moyens de transport, de nos systèmes énergétiques… Nous avons donc un énorme défi devant nous qui va requérir l’ensemble de nos ressources.

Mais ce sera une sorte de croissance différente de celle que nous avons connu ces cent dernières années. Elle a aussi commencé à changer pour d’autres raisons : l’industrie extractive et manufacturière ne représente plus que 9 % du PIB américain. Certes, ces industries ont été délocalisées en partie ailleurs, mais même en regardant la consommation, il s’agit de plus en plus d’une économie de services, d’information, de loisirs… La nature même de l’économie est en train de changer.

Un PIB vert est possible. Cela dit, à terme, une croissance continue, sans fin, n’est pas nécessaire. Sans croissance, ce ne sera pas la fin du monde, ni la fin du capitalisme. Je crois en un possible capitalisme progressiste et je crois toujours en l’économie de marché, mais qui doit être canalisée. Mais je crois aussi que de nombreux secteurs ne devraient plus avoir la cupidité comme moteur. Pour autant, il reste de nombreuses populations vivant dans la pauvreté aujourd’hui, sans accès à des soins décents, et je pense que la croissance reste nécessaire pour s’assurer que tout le monde ait un standard de vie décent.

Oui, nous pouvons arrêter de croître. Mais dans ce cas, nous avons besoin de redistribution. Aux États-Unis, le PIB par habitant est de 50 000 dollars. Si tout le monde avait 50 000 dollars par an, nous aurions un standard de vie décent pour tous et nous n’aurions pas besoin de croissance. Mais si les 1 % les plus riches concentrent 40 % de la richesse et 20 % du PIB, les 20 % les plus pauvres n’ont pas accès à un niveau de vie décent. Il faut donc soit redistribuer la richesse soit continuer à croître pour s’assurer que tout le monde ait un niveau de vie décent. Mais je crois que nous pourrons avoir cette discussion dans trente ans, une fois que la croissance nécessaire à la transition énergétique aura eu lieu.

https://usbeketrica.com/article/joseph-stiglitz-croissance-plus-necessaire-inegalites-climat

Extrait 2  Jean Aubin, croissance infinie, la grande illusion

La croissance ! la croissance ! la croissance ! Chaque jour, nous entendons ce refrain, chanté sur tous les tons, entre inquiétude et espoir. Il est vrai que quand la croissance va, tout va : prospérité, excédents budgétaires, optimisme. Mais dès qu’elle fait défaut, tout va de travers : chômage, anémie des budgets, grogne et frustrations… La croissance économique, condition nécessaire à la prospérité et à la paix sociale ? Alors, vive la croissance ! Oui. Seulement, comment envisager une croissance sans fin de la consommation des ressources, sur une Terre limitée ? Tant qu’on ne saura pas répondre à cette question, le monde vivra dans l’illusion et le rêve. Et si on tarde trop à en prendre conscience, la réalité, réputée têtue, pourrait bien un jour changer ce rêve en cauchemar. Loin de cette illusion de croissance sans fin, l’avenir repose sur le respect des limites de la planète et sur le partage équitable de ses ressources.

Extrait 3 Antoine Missemer, «  Nicholas Georgescu-Roegen pour une révolution bioéconomique », sur l’état stationnaire

L’état stationnaire pèche par inconsistance logique. Croire qu’il suffit de maintenir le niveau d’activité à une certaine échelle est une erreur du même ordre que de chercher à mesurer le volume optimal d’une population sans considération pour les questions de temps. Ce n’est pas parce que la terre peut supporter x individus à un instant donné qu’elle est capable de supporter ces mêmes x individus pendant une durée infinie. La capacité de charge instantanée du système-Terre est différente de sa capacité de charge continue. L’état stationnaire raisonne dans le même cadre, il définit un niveau d’activité présenté comme soutenable par le système-Terre, sans pouvoir affirmer que ce niveau sera soutenable dans le temps.

Extrait 4  La décroissance http://www.toupie.org/Dictionnaire/Decroissance.htm

La « décroissance économique » est un concept à la fois économique, politique et social, qui se situe à l’opposé du consensus  économique et politique actuel faisant de la croissance économique, notamment du PIB, l’objectif des sociétés modernes.

Les partisans de la « décroissance économique » cherchent à faire prendre conscience aux individus et à la collectivité que, dans les pays riches, l’empreinte écologique* de l’homme a atteint un seuil où la croissance, même « durable » n’est plus possible. Le développement  humain passe alors par une « décroissance durable » qui doit être pensée et organisée pour qu’elle soit soutenable.

(*) L’empreinte écologique est la surface moyenne nécessaire par habitant pour produire les ressources qu’il consomme et pour traiter ses déchets et ses pollutions.

Le concept de « décroissance » est apparu dans les années 80, notamment au travers de la thèse du roumain Nicholas Georgescu-Roegen, (note personnelle : cette filiation n’est cependant pas partagée par tous les auteurs) avec la prise de conscience des conséquences de la course à la productivité de la société industrielle, quel que soit le système politique qui la sous-tend, libéral ou socialiste :

  • Epuisement prévisible dans quelques décennies des ressources énergétiques : pétrole, gaz, uranium, charbon.
  • Epuisement de certains minerais.
  • Impact sur l’ environnement : effet de serre, réduction de la biodiversité, pollutions…
  • Impact sur lasanté.
  • Exploitation des ressources des pays du « Sud » au détriment de leur autosuffisance.

L’un des principaux arguments mis en avant pour la décroissance économique est que l’augmentation de la consommation des ressources entraîne une augmentation de l’empreinte écologique. Les calculs montrent que, pour que l’ensemble de la population  mondiale s’approche du niveau de vie occidental, il faudrait l’équivalent de 3 à 8 planètes Terre. Il n’y a donc pas d’autres choix pour les 20% des populations les plus riches que de réduire leur production et leur consommation. Cette décroissance allant inéluctablement s’imposer par la raréfaction des ressources naturelles, l’humanité a tout intérêt à anticiper la crise pour trouver les solutions permettant de ne pas entraver l’épanouissement humain.

Plutôt que de se focaliser sur le PIB, indicateur purement quantitatif et qui ne prend pas en compte la « finitude » de la Terre, les partisans de la « décroissance » proposent de privilégier d’autres indicateurs pour mesurer le bien-être des populations : l’indicateur de développement humain, l’empreinte écologique, l’indice de santé sociale.

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