Nous sommes la vitrine humaine des particules quantiques !

Je termine les articles de cette année par une exploration assez particulière : celle de l’étude de la proximité entre l’humain dans sa réalité et la mécanique quantique – l’univers de l’infiniment petit – . Le parallèle peut apparaître comme surprenant. Mais Goethe n’a-t-il pas écrit : « Le noyau de la nature n’est-il pas au coeur de l’homme » ?

Je l’illustre avec des exemples tirés de la vie professionnelle. Lisez plutôt pour vous faire votre propre idée.

1.L’univers quantique de l’infiniment petit.

Oh là là, quelle expression ! L’idée m’en est venue en lisant le livre de « vulgarisation » de Stephen Hawking, « Une brève histoire du temps ». Personnellement, je trouve que les cosmologistes sont des génies et que nous sommes à des années-lumière ( !) d’avoir intégré dans notre for intérieur les avancées les plus récentes de l’astrophysique, toujours imprégné que nous sommes la théorie de la gravitation de Newton.

Comme nous sommes constitués aussi de particules, mon intuition ici est de développer les rapports qui peuvent exister entre l’univers (je préfère univers à mécanique) quantique de l’infiniment petit et l’humain dans sa réalité. Je trouve que le croisement des disciplines est toujours source d’intérêt de de réflexion.

Dans cette première partie, je cite des phrases du livre de Stephen Hawking, d’écrits trouvés sur Wikipédia ou de vidéos découvertes sur YouTube, avant de les prolonger dans l’univers des personnes en mouvement.

  • L’incertitude.

« Avec l’avènement de la mécanique quantique, nous sommes amenés à reconnaître que les événements ne peuvent être prédits avec une complète exactitude et qu’il y a toujours un degré d’incertitude ».

« Le principe d’incertitude d’Heisenberg. Les particules n’y ont plus de positions tranchées bien définies, ni de vitesses que l’on pourrait observer. A la place, elles ont un état quantique, qui est une combinaison de leur situation et de leur vitesse ». p.239. « Le principe d’incertitude de la mécanique quantique implique que certaines paires de quantités, comme la position et la vitesse d’une particule, ne peuvent être toutes deux prédites avec une complète exactitude ».

« Deux particules semblables ne peuvent exister dans le même état, c’est-à-dire qu’elles ne peuvent occuper ensemble la même position, ni avoir la même vitesse, à l’intérieur des limites tracées par le principe d’incertitude ».

En mécanique quantique, on ne peut pas avoir un état défini à la fois par une vitesse donnée et par une position donnée : plus vous êtes précis sur la définition de la vitesse, moins vous l’êtes sur la définition de la position. C’est le principe d’incertitude d’Heisenberg.  Plus on sait à quelle vitesse elle va et moins on sait où elle est, et réciproquement. Comme on ne peut pas avoir un son parfaitement localisé dans le temps et parfaitement localisé en fréquence : plus un son est bref plus il va contenir de fréquence ; un son pur en fréquence sera nécessairement long.

Je sais que j’ai garé la voiture mais je ne sais plus où. (Source Youtube la mécanique quantique en 7 idées).

  • L’influence de la mesure.

Selon une interprétation donnée par l’école de Copenhague, par des savants comme Niels Bohr, Werner Heisenberg et d’autres, les relations d’incertitude de Heisenberg proviennent de l’interaction entre l’appareil de mesure et ce qui est mesuré, càd du fait que, au niveau atomique, l’effet de l’appareil de mesure sur son objet ne peut pas être négligé. D’autre part, elle considère que parler d’objets indépendamment de toute mesure n’a pas de sens ; en particulier, il est impossible de connaître l’évolution d’un système entre deux mesures (Source Wikipédia, l’Ecole de Copenhague).

Mais à la deuxième mesure il n’y a plus d’incertitude : c’est la vitesse de la première mesure : son état a ainsi été réduit. La mesure d’un état crée une perturbation et réduit donc la loi du hasard.

  •  La superposition.

Le principe de superposition : les objets peuvent être dans deux états à la fois – par exemple, un électron peut aller à la fois à 1000 et à 2000 km/seconde –. Il y a superposition. Aussi, il y a une chance sur deux de trouver 1000 et une chance sur deux de trouver 2000 : c’est le hasard quantique. Il y a indéterminisme de la mesure. C’est donc la mesure qui va amener les électrons à choisir leur vitesse et que le résultat de cette mesure est la conséquence d’un hasard fondamental.

  •  L’effet tunnel.

L’effet tunnel : bloquées par un obstacle, des particules quantiques ne peuvent franchir l’obstacle, mais toutefois une de celles-ci peut malgré tout passer de l’autre côté (un peu comme le son peut franchir le mur d’une maison mais de manière atténuée).

  •  La multiplicité des chemins.

p.93/4. « Considérons une cloison comportant deux fentes étroites et parallèles… Si les électrons sont envoyés à travers les fentes un par un, on s’attendrait à ce que chacun passe par une fente ou par l’autre, et ainsi, se comporte exactement comme si la fente qu’il traversait était unique. En réalité, même dans le cas où les électrons sont envoyés un par un, des franges apparaissent, chaque électron devant donc passer à travers les deux fentes en même temps ! ».

  •  La probabilité de présence.

« Les particules se comportent à certains égards comme des ondes puisqu’elles n’ont pas de position définie, mais sont « étalées » selon une certaine distribution de probabilité ».

Une particule peut être sur plusieurs points de son orbite : il y a une probabilité de présence. Cela veut dire aussi qu’une particule de matière peut aussi être décrite comme une onde : c’est la  dualité onde-corpuscule. Cela signifie aussi qu’une particule-onde aussi se déplace selon différents possibles en même temps.

 

Cette présentation est évidemment sélective et est loin de présenter toutes les caractéristiques de l’univers quantique. C’est néanmoins sur cette base que je vous livre ma réflexion sur ce que m’inspire cet univers au plan managérial.

 

Enfin, clôturons cette partie sur une réflexion plus générale sur le temps en rapport avec l’univers tout entier.

« Il n’y a pas de temps absolu. Chaque observateur a sa propre mesure du temps. Le temps de quelqu’un sur une étoile sera différent d’une personne éloignée, à cause du champ gravitationnel de l’étoile ».

« Le second principe de la thermodynamique résulte du fait qu’il y a toujours plus d’états désordonnés que d’états ordonnés ».

«  Pour survivre, les êtres humains doivent consommer de la nourriture qui est une forme ordonnée d’énergie et la convertir en chaleur qui est une forme désordonnée d’énergie (note : et qui accroît l’entropie) ».

« Et la raison pour laquelle nous observons que cette flèche thermodynamique colle à la flèche cosmologique, c’est que les êtres intelligents ne peuvent exister que dans une phase d’expansion ».

« Il y a au moins trois flèches de temps différentes. D’abord, il y a la « flèche thermodynamique » du temps, la direction du temps dans laquelle le désordre ou l’entropie croît. Ensuite, il y a la « flèche psychologique ». C’est la direction selon laquelle nous sentons le temps passer, dans laquelle nous nous souvenons du passé mais pas du futur. Enfin, il y a la « flèche cosmologique », direction du temps dans laquelle l’Univers se dilate au lieu de se contracter.

2.Le quantique de l’être humain.

  • L’incertitude.

Le principe d’incertitude, une des bases de la mécanique quantique, me fait penser à la triple découverte mise en avant par Jean-Michel Longneaux, docteur en philosophie et chargé de cours à l’UNamur, dans son livre « L’expérience du mal » (Les éditions namuroises, 2004, p.63-64) : nous ne sommes pas tout-puissants, l’autre nous échappe et rien ne nous est dû. Dans notre relation à la vie, à l’autre, l’acceptation de cette incertitude comme faisant partie du chemin de vie est le seul principe qui permet de nous (re)construire. Bien sûr, dans le monde de l’entreprise, on élabore des scénarii intelligents d’identification et de maîtrise (souvent limitée) des risques, sans aucune garantie d’ailleurs que cette maîtrise contribue définitivement à consolider la mise en place de la stratégie.

Mais il y a un autre aspect intéressant : Heisenberg, en affirmant que l’on ne peut à la fois connaître avec précision la position et la vitesse d’une particule, je puis en déduire qu’on ne peut à la fois évaluer avec précision le trajet d’un collaborateur ou d’une équipe sans marquer un temps d’arrêt, réellement consacré à l’évaluation. Combien d’organisations appliquent ce principe et, au contraire, poursuivent à marche forcée – rentabilité oblige – l’évaluation ET les activités opérationnelles.

  • L’influence de la mesure.

Dans l’univers quantique, la mesure n’est pas neutre : elle crée une perturbation et, en plus, on ne peut connaître l’état d’un système entre deux mesures.

Prenons à nouveau le cas de l’évaluation individuelle ou collective, qui est donc une mesure de la performance d’une personne ou d’un groupe. Le choix des critères pour opérer cette mesure n’est évidemment pas neutre, car il va conditionner non seulement l’évaluation en elle-même, mais aussi la trajectoire individuelle et collective entre cette mesure et la suivante. On peut donc dire comme dans l’univers quantique que la deuxième mesure va amener une réduction de l’incertitude puisque la personne ou le groupe évalués, dès la fin de la première évaluation, va centrer prioritairement son attention sur les critères sélectionnés pour réajuster le chemin suivi jusqu’ici. A moins bien évidemment qu’il n’en est pas tenu compte, ce qui postule alors que l’acteur est résistant aux critères ou que les circonstances de terrain amène à redéfinir le choix des critères, auxquels cas, on est ramené au point de départ.

Un autre aspect est tout aussi intéressant : s’acharner à connaître l’état d’un système – l’organisation dans son entièreté, le travail d’une personne ou d’une équipe – entre deux mesures est vain. Et ce, pour les raisons suivantes : ces mesures répétées vont créer des perturbations dans l’entreprise – on voit bien les critiques à l’égard de rapportages trop fréquents qui interfèrent avec le travail et les biais qu’ils peuvent introduire notamment quant à la fiabilité des données –.

Appliquer cette caractéristique quantique revient donc à augmenter l’intervalle de temps entre deux mesures et, entre deux intervalles, laisser les équipes et les personnes vivre leur vie professionnelle en autonomie. On pourrait donc affirmer que les évolutions vers l’entreprise libérée sont en harmonie avec l’univers quantique.

  • La superposition.

Les particules peuvent être dans deux états à la fois, voilà une réalité quantique intéressante. Mais n’est-ce pas aussi la réalité dans la vie professionnelle – je ne parle ici que de cette vie-là, même si c’est la même réalité dans la vie privée – ? Un collaborateur peut être à la fois emballé pour travailler à un nouveau projet qui le passionne et peu emballé ou carrément réfractaire à une autre activité qui lui est demandée. Je connais nombre d’institutions où l’approche de la gestion des ressources humaines ne tient absolument pas compte de cette réalité et n’en tire donc aucune conclusion quant à l’affectation d’une personne, quant à son accompagnement pour changer de poste de travail, en un mot de la gestion d’une mobilité lui permettrait d’être serein et épanoui dans toutes les facettes de sa vie dans l’organisation.

Ceci rejoint d’ailleurs l’effet tunnel dans la réalité quantique : face à un obstacle, certaines particules peuvent le franchir et d’autres pas. C’est notre réalité également : nous pouvons franchir certains obstacles et d’autres pas – rappelons à nouveau que nous sommes faits de particules –! Comment une organisation aide-t-elle les collaborateurs à franchir les obstacles ? En l’aidant à découvrir le sens de ses actions en alignement avec ceux de l’organisation, en lui faisant prendre conscience que ses actions s’inscrivent dans la stratégie de l’organisation, en développant les connaissances et compétences nécessaires, en le soutenant tout au long de son trajet.

Et cela en tenant compte de la réalité de chaque personne, illustrant à nouveau la réalité quantique de particules semblables ne pouvant exister dans le même état.

  • La multiplicité des chemins.

Une particule se déplace selon différents chemins en même temps, comme elle peut être sur plusieurs points de son orbite – c’est la probabilité de présence -.  Ces particularités quantiques traduisent à merveille l’aspect diversifié des activités d’une personne : activités privées, sociales et professionnelles et pour l’ensemble de ces activités, personne ne peut savoir exactement où en est une personne, quelles sont globalement ses difficultés. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle certains burn-out sont difficiles à détecter dans la vie professionnelle, étant liés à l’ensemble de la vie de la personne. Une autre illustration, littéraire cette fois : qui aurait pu savoir que le sous-préfet d’Alphonse Daudet dans  « Les lettres de mon Moulin », était au champ alors que tous s’attendait à le voir prononcer son discours lors du concours régional de Combe-aux-Fées !

J’en déduis donc qu’il est intéressant dans le monde de l’entreprise de mieux connaître les différents chemins d’une personne – un exemple simple : si un patient d’Extrême Orient se présente aux urgences d’un hôpital, connaître qui, parmi le personnel, a suivi un cursus (un chemin)  dans la langue de ce patient facilite sa prise en charge –.

La probabilité de présence est aussi liée à la multiplicité des chemins car cette présence peut être différente selon le chemin parcouru par la personne, en lien notamment avec la compréhension de son action, sa motivation, les difficultés rencontrées.

3. Le temps.

  • L’absence de temps absolu.

Il n’y a rien de plus subjectif que le temps : l’un va planifier une activité sur une journée, l’autre va la planifier dans sa tête sur deux journées, tous les deux étant de bonne foi ; cette différence d’estimation peut bien sûr être en relation avec des capacités différentes mais aussi avec le rapport au temps de chaque personne et la perception mentale erronée de la durée nécessaire. Le mental nous joue donc des tours, alimenté par la course effrénée du temps que le monde actuel promeut. Il est donc utile de comprendre notre temps mental et de bien mesurer l’écart entre ce qu’il nous propose et la réalité du temps nécessaire pour réaliser une activité. Cela peut certainement aider à réduire notre niveau de stress.

L’absence de temps absolu est également bien présente dans l’univers professionnel. Le temps de l’homme politique est rythmé par les échéances électorales et par la nécessité bien intégrée de répondre rapidement face à un événement. Le temps du manager est rythmé par les cours de bourse, par l’échéance d’un conseil d’administration et de la reddition des comptes. Le temps du collaborateur est rythmé par tout ce qui a été dit plus haut.

Rendre compatible ces différents temps n’est pas évident et exige une confrontation constructive sur les priorités, sous peine d’entrer dans une dynamique de double contrainte https://micheldamar.wordpress.com/2016/05/31/pourquoi-tant-de-doubles-contraintes/

 

Un dernier mot sur le temps. Le temps de la nature n’a jamais été immuable mais il est caractérisé par un temps long : les changements sont lents mais réels et le temps humain nécessaire pour faire face aujourd’hui à ces changement est de plus en plus court. Ma conviction fondamentale est que faire face aux évolutions de la nature demande une révolution de la durée de nos cycles temporels : ainsi, un cycle politique de 4-6 années, comme il existe en Belgique ou pour les mandats de président – 5 ans en France, 4 aux Etats-Unis – paraît de plus en plus incompatible avec des politiques de long terme centrées sur la protection de la planète.

Ceci nous amène à notre dernière réflexion.

  • L’état désordonné lié à l’expansion.

Parce que nous sommes intelligents, pour reprendre les mots de Stephen Hawking, sommes-nous « condamnés » à une phase d’expansion ? Mais comme cette expansion est liée à l’entropie, c’est-à-dire à un accroissement d’états désordonnés, cette intelligence ne nous précipite-t-elle pas dans le mur ? Le caractère désordonné des initiatives humaines, reflétée par les dérèglements climatiques, par l’impossibilité des Etats de jouer un rôle de régulateur efficace, combinée à une impossibilité de gouvernance planétaire pour répondre aux enjeux de la planète terre, illustrent notre impuissance actuelle, malgré les signaux d’alerte et malgré une multitude d’initiatives – encore insuffisantes – en vue d’y répondre ?

Est-ce là notre destin inéluctable ou sommes-nous en mesure de freiner l’expansion, à l’image de la dilatation de l’univers qui, selon les astrophysiciens se réduit progressivement, mais avec une dilatation suffisante que pour ne pas provoquer la contraction de l’univers – c’est-à-dire le mouvement en sens inverse –.

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