La force de la confiance

L’écriture d’un roman permet à son auteur de libérer son imaginaire et, en le couchant sur papier, de toucher aux aspects profonds de la personnalité et de la vie relationnelle. C’est en cela qu’il est enrichissant pour les réflexions qui font l’objet de mon blog.

Pour cet article sur la confiance, j’ai été inspiré par un passage du roman de Jan-Philip Sendker « L’art d’écouter les battements du cœur ».

L’extrait se passe quand Tin Win, jeune orphelin birman aveugle, entre dans un monastère bouddhiste pour y parfaire son éducation.

« Les novices l’emmenèrent avec eux et lui collèrent un bol noir dans une main et une tige de bambou dans l’autre. Le moine devant lui dans la rangée glissa l’extrémité de ce bâton sous son bras. C’était la manière qu’ils avaient trouvée pour guider Tin Win. En quelques minutes, la rangée de moines était en route, marchant à petits pas prudents afin que l’aveugle n’eût aucun mal à suivre le rythme. Ils franchirent le portail et tournèrent à droite, se dirigeant lentement vers l’artère principale. Bien que cela échappât à Tin Win, ils adaptaient leur allure à la sienne, accélérant lorsqu’il allait plus vite ou ralentissant lorsque son pas devenait incertain. Devant presque toutes les maisons se tenait un homme ou une femme portant un plat de riz ou de légumes préparé à l’intention des moines aux premières heures de l’aube. La procession ne cessait de faire halte. Les donateurs remplissaient les bols des novices en s’inclinant avec humilité.

Tin Win se cramponnait d’une main à sa tige de bambou et de l’autre à son thabeik (le bol pour faire l’aumône). Il avait l’habitude de se promener tout seul dans les champs avec un grand bâton. Il l’agitait devant lui comme une extension de son bras pour inspecter le sol et repérer les ornières, les branchages et les pierres. Mais ce bout de bambou ne remplaçait pas son bâton. Car il le laissait dépendant du moine qui le précédait.  ……  Au bout d’une petite heure, il remarqua que ses pieds nus prenaient peu à peu de l’assurance sur la terre sablonneuse. Il ne trébuchait pas, il ne tombait pas. Les creux et les bosses de la rue ne lui faisaient pas perdre l’équilibre. Ses mains se détendirent. Son pas s’allongea et il accéléra l’allure.

De retour au monastère, les moines l’aidèrent à monter les marches de la véranda. L’escalier raide était étroit et sans rampe ; Tin Win aurait bien aimé se débrouiller seul. Mais deux moines lui saisirent chacun une main, un troisième l’attrapa fermement par derrière et Tin Win escalada une marche après l’autre, un vrai apprentissage ». Livre de poche 33665 p. 127,128.

Ce court extrait du livre m’inspire plusieurs réflexions.

Pour s’adapter à une nouvelle situation, un nouvel apprentissage est nécessaire : marcher en aveugle dans la nature ou dans l’animation d’une ville, c’est se confronter à deux réalités différentes. Et celle que l’on a expérimentée et à laquelle on s’est adapté n’est pas celle à laquelle on doit maintenant faire face : l’espace est organisé différemment, les bruits sont nouveaux et différents et ne se raccrochent à rien de connu.

Pour ce nouvel apprentissage, la confiance dans l’autre fait gagner du temps : seul, Tin Win aurait sûrement pu y arriver mais après combien d’efforts, de chutes ou peut-être l’abandon. Et cette confiance en l’autre finit par augmenter la confiance en soi.

La confiance des autres dans la capacité de Tin Win d’y arriver. Et j’imagine leur joie quand ils sentirent l’accélération de son pas et la sûreté progressive de ses mouvements.

C’est donc une confiance qui se donne comme un cadeau et une confiance qui se reçoit comme un espace de liberté.

L’objectif des moines est clair : passer de maison en maison pour recevoir de la nourriture ; cela est fait partie de leur façon de vivre. Ils auraient pu aller plus vite et recevoir plus de nourriture sans la présence du jeune aveugle. Mais non, la solidarité au sein de groupe l’a emporté sur la recherche à tout prix du plus grand résultat. Cette chaîne de solidarité témoigne aussi de l’harmonie dans ce groupe.

Ces quatre réflexions me paraissent si évidentes que ce n’est pas nécessaire que je les transpose dans le monde professionnel ou dans la vie de nombreux groupes sociaux, religieux ou philosophiques.

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